
L’ARÔME ENCHANTEUR DU CAFÉ
À la façon que tourne le monde — il se pourrait bien qu’un jour on regarde en arrière avec un mélange de nostalgie et de stupeur — en se disant :
« Nous avions tout ça… et nous ne savions pas vraiment ce que nous tenions entre les mains. »
Tout ça — ce n’est pas grand-chose en apparence :
une table en bois un peu bancale — un bistro de quartier — une tasse de café qui fume — l’odeur qui monte — les chuchotements des autres qui tissent une sorte de fond musical – humain.
Rien de spectaculaire. Rien de “historique”.
Et pourtant — tout est là.
Dans ce décor simple — il y a la leçon de perception.
Percevoir — ce n’est pas seulement voir ce qu’il y a devant nous.
C’est sentir la valeur d’un moment pendant qu’il est encore en train de se vivre.
C’est comprendre que l’odeur d’un bon café — ce n’est pas seulement un parfum agréable : c’est la preuve concrète que nous sommes encore capables de ressentir — de goûter — de nous arrêter.
S’asseoir à une table de bistro — ce n’est pas juste « tuer le temps ».
C’est aussi une manière de lui rendre sa place.
On peut y parler — réfléchir — écrire — lire son journal ou ne rien faire du tout — ce « ne rien faire » qui est — en réalité — une forme très profonde de présence en soi.
Ce silence-là — qu’on savoure comme on savoure la gorgée — n’est pas le vide : c’est un refuge.
Pendant ce temps — dehors — le climat — pas seulement celui de la météo — est lourd.
Le temps est maussade — le temps est douteux.
Nous vivons avec une impression diffuse que quelque chose cloche — que quelque chose se prépare.
Les oiseaux — eux — ne le savent pas. Ils continuent à vivre au rythme du jour — sans tableaux Excel — au temps de migration — sans courbe d’indices.
Nous — si.
Nous sentons cette lourdeur sur le cœur :
le pressentiment que sous les discours vagues — il y a des irresponsables qui jouent avec le monde comme avec un jouet — des mercantiles pour qui tout se convertit en profit — y compris ce qui ne devrait jamais avoir de prix : la terre — l’air — l’eau — les vivants.
On nous parle de différents « hivers » à venir.
Un hiver noir — nourri par les ambitions jamais rassasiées — les appétits de puissance qui transforment la planète en champ de bataille économique.
Un hiver gris — presque moisi — où l’humanité se retrouve prise dans les caprices d’une minorité d’enfants gâtés — égoïstes — indifférents au fait que d’autres espèces — d’autres peuples — ont besoin de leurs espaces pour tout simplement vivre.
Pour la première fois — nous avons la sensation d’être arrivés à un carrefour étrange :
non plus seulement face à notre propre fin individuelle — mais devant une forme de mort qui touche les conditions mêmes de la vie.
Une mort « dénaturée » — comme vous le dites : une mort qui ne fait plus partie d’un cycle naturel — mais d’un dérèglement. Elle n’ordonne plus — elle désorganise. Pour une fois — c’est la mort qui a peur de la vie. Car — elle se sent bien menacée — par cette vie. — Qui ne veut plus vivre — qui n’a plus d’estime pour le cycle de son essence.
Même l’heure semble perdue.
Les repères vacillent : hier — demain — tout s’embrouille — saturé d’alertes — de crises — de “prochaines fois” reportées.
L’heure est détrônée — comme si le temps lui-même ne savait plus dans quel sens il devait passer.
Et là — un basculement se produit :
pour la première fois — le « maintenant » redevient une valeur refuge.
Non pas ce présent consumériste qui répète « profite — consomme — oublie » — mais un présent beaucoup plus simple – plus tard est là — plus brut :
le présent d’une chaise — d’un café — d’une respiration — d’une conversation ou d’un silence choisi.
Dire que « la vingt-cinquième heure n’est plus crédible » — c’est reconnaître que nous ne pouvons plus nous raconter cette vieille histo…
[18:59, 15/01/2026] Léonard Pierre Joseph: Voir pour le titre: ou
LA VALSE DE CALIGULA
ID Canada / ISSN 2563-818X (En ligne) – ISSN 2563-8181 (Imprimé)




