
ARTS VISUELS HARRY LOUIS
Entre son paysage ses couleurs / Milord-Albertini
Ce mois de février portera son nom dans l’objet de la révérence faite aux Noirs en la circonstance. Mon sujet répond à deux niveaux à cette thèse montréalaise pour fêter la culture, l’histoire, les arts aussi. Harry Louis est de préférence un comptable dans la vie, mais il peint. Originaire d’Haïti, plus précisément du Cap-Haïtien dans le Nord, il émigre toujours au Nord, de l’Amérique cette fois-ci, et peint à la manière de ce Nord. Le vert prend du jaune de l’automne, les eaux reflètent le paysage de ce littoral, les maisons sont plutôt du genre manoir, bungalow, etc. C’est donc la grande leçon de chromatisme qui s’invite entre deux périodes, dira-t-on de lui.
S’il me faut partir de la notion de la proportion en fonction du point de fuite pour gagner en volumétrie dans la perspective, ce serait pécher contre une certaine école haïtienne, et même capoise qui tient lieu de la notion de : naïf, aplat. La perception, grande thématique Merleau-Ponty de cette édition du journal, compte donc. Ici, les échelles sont sur différents plans qui finalement forment un tableau d’ensemble.
C’est de l’art pour certains, de la culture pour d’autres. Il y a là un marché aussi pour moi. Les marchands de tableaux, comme les galeristes, font des affaires avec les collectionneurs. Parfois, avec le touriste.
Je me jette directement dans le bassin de la notion du chromatisme avec le support a priori de l’élément aquatique. Curieux reflets en miroir de la nature. Les couleurs arrangent la perception, et traduisent le mot perspective, dans un rangement qui, au lieu d’éloigner, rapproche le fond de la toile, de la scène, du tableau. L’arbre du fond est géant, et celui du devant est plus réduit, grâce à l’eau qui a besoin de rendre ses effets, sinon, le reflet tombe dans le néant. En Haïti, par contre l’eau, dans sa position, tient compte du ciel seulement. Réalisme de la société d’accueil : qui sait !
Si la richesse culturelle d’Haïti se trouve dans le gigantisme mapou, au Canada, c’est généralement l’érable multicolore de l’automne qui joue sa partition. D’une culture à l’autre, ce sera la définition, le détail de la feuille rapprochée qui va jouer sur l’œil de l’expert, de l’initié ou même de certains amateurs d’arts exercés. L’ensemble peut en effet compter aussi pour le collectionneur habile du décor, quand on opte pour le remplissage suggéré de la thématique dans la pièce. En particulier dans un couloir.
Ici, dans ces deux toiles, la mensuration est chez Harry Louis, de cette esthétique si je considère la hauteur de la maison par rapport à la végétation qui le plus souvent va plaire à l’œil pour sa fraîcheur (même dans la nature morte). Le sentiment joue plus que l’expertise. C’est la puissante arme qu’est le chromatisme mise en relief.
Dans le dessin technique/industriel, c’est l’option de ramener en avant le détail souhaité, en projection, mais ici, intégré dans le décor réel de la toile, en coupant sur la distance du bloc entier pour l’harmoniser dans l’ensemble. C’est l’harmonie offerte à l’œil, ce qui retient en fait la visite même au musée. Forme de dialectique en critique passive.
Harry Louis possède la passion pour cet art, dira-t-on, visuel puisque ce n’est musical ni culinaire. Il joue avec un instinct qui suggère une vie antérieure réincarnée en lui, au point de reprendre là où tout s’était arrêté. Histoire de l’art !
ID Canada / ISSN 2563-818X (En ligne) – ISSN 2563-8181 (Imprimé)




