
AINSI DIT, AINSI FAIT
Douleurs secrètes, adieu mon beau
des grimaces atroces pour balayer les souvenirs
de ces temps où notre pensée marchait à reculons
souvenirs indéracinables de notre jeunesse fragmentée
vains propos, certes, mais tueurs en série
sept femmes ivres aux muscles entichés qui implorent
une embrassade d’une de ces mendiantes d’amour
pour étouffer rage légitime, divine colère
ne rien comprendre sinon qu’à demi-mot
hurluberlue drapée à l’antique, de pied en cap
veuve chétive supputant dernières chances de salut
Ah oui, les femmes, j’en ai connu de toutes sortes
II y en a qui vous ronge le méchant doigt, celui du milieu
pour ensuite vous dessouler les instincts épurés
tout bascule une fois de plus, rien que des énigmes
à résoudre dans les limites du temps, puis après
après, vous dis-je, que de plaintes déchirantes
de paroles venimeuses, sentencieuses même
au nom de leurs seins nus, lourds et rebondis
au nom de leurs fesses aquatiques et de leur bouche suceuse
spirales d’un temps pour exhiber la neutralité des lieux
nous refusons parfois, sans trop savoir pourquoi
un petit geste d’amour, une aumône, préférant piétiner
sans vaincre pour autant, les instincts dépravés
nous sommes alors qui nous ne sommes jamais
chiens errants, fantômes muets, feux de cimetière
nous frappons tout compte fait à la porte de l’angoisse
prêts à nous livrer aux flammes, morts ou moribonds
la main tremblotant du haut des airs, nous y voilà
nous voici, en quête de souvenirs, la promesse drapée
moulée sur le corps, j’en connais, capables de vous bouffer
les doigts dune main, tristesse enivrante
ah oui, les femmes, j’en ai connu de toutes sortes
Une fois, dans la nuit noire, impécunieuses celles-là
se heurtent aux difficultés, prêtes à dire adieu
allusions obscures ou allégoriques, nous regardons
ensuite se défiler le paysage avec une certaine paresse
d’une époque, d’un temps, les promesses qui n’aboutissent pas
souvenirs indéracinables, en voici en voilà
souvenirs de notre jeunesse, une occasion à ne pas manquer
la bélière suspendue à un ruban, tant d’iniquités flagrantes
nous conjuguons dès lors des verbes a l’infini
et par le seul pouvoir des mots, elles nous envoient dinguer
cavalièrement éconduits, comme eaux tumultueuses
aux aspérités de la pierre qui roule ou qui perd les pédales
ribouldinguer joyeusement, riant même aux éclats
face au danger omniprésent, laideur repoussante au visage
leur poitrine salariée se refermant sur le vide
histoires sans importance, malgré nos jurons étouffés
nous confondons nos pleurs avec les cendres du passé
merde et merde, la tête encore lourde, supplice continuel
tourmentés par des remords inutiles, vengeurs ou déchirants
nous nous arrachons tous les aveux possibles
d’elles à moi, puis de moi à elles, la parole percée de mille trous
à l’heure du rendez-vous habituel, je m’étale donc
tourmenté par d’invincibles passions, qui ne sait
les dernières volontés à satisfaire… ainsi dit, ainsi fait
don du corps à partager, satire savoureuse, je riais aux éclats
va mourir en paix, mon homme, chuchota la toute dernière
ah oui, les femmes, j’en ai connu de toutes sortes
(Edgard GOUSSE, Hôpital Juif de Montréal
18 décembre 2024)
ID Canada / ISSN 2563-818X (En ligne) – ISSN 2563-8181 (Imprimé)




