AINSI DIT,  AINSI FAIT par Edgard Gousse

AINSI DIT,  AINSI FAIT

Douleurs secrètes, adieu mon beau

des grimaces atroces pour balayer les souvenirs

de ces temps où notre pensée marchait à reculons

souvenirs indéracinables de notre jeunesse fragmentée

vains propos, certes, mais tueurs en série

sept femmes ivres aux muscles entichés qui implorent

une embrassade d’une de ces mendiantes d’amour

pour étouffer rage légitime, divine colère

ne rien comprendre sinon qu’à demi-mot

hurluberlue drapée à l’antique, de pied en cap

veuve chétive supputant dernières chances de salut

Ah oui, les femmes, j’en ai connu de toutes sortes

II y en a qui vous ronge le méchant doigt, celui du milieu

pour ensuite vous dessouler les instincts épurés

tout bascule une fois de plus, rien que des énigmes

à résoudre dans les limites du temps, puis après

après, vous dis-je, que de plaintes déchirantes

de paroles venimeuses, sentencieuses même

au nom de leurs seins nus, lourds et rebondis

au nom de leurs fesses aquatiques et de leur bouche suceuse

spirales d’un temps pour exhiber la neutralité des lieux

nous refusons parfois, sans trop savoir pourquoi

un petit geste d’amour, une aumône, préférant piétiner

sans vaincre pour autant, les instincts dépravés

nous sommes alors qui nous ne sommes jamais

chiens errants, fantômes muets, feux de cimetière

nous frappons tout compte fait à la porte de l’angoisse

prêts à nous livrer aux flammes, morts ou moribonds

la main tremblotant du haut des airs, nous y voilà

nous voici, en quête de souvenirs, la promesse drapée

moulée sur le corps, j’en connais, capables de vous bouffer

les doigts dune main, tristesse enivrante

ah oui, les femmes, j’en ai connu de toutes sortes

Une fois, dans la nuit noire, impécunieuses celles-là

se heurtent aux difficultés, prêtes à dire adieu

allusions obscures ou allégoriques, nous regardons

ensuite se défiler le paysage avec une certaine paresse

d’une époque, d’un temps, les promesses qui n’aboutissent pas

souvenirs indéracinables, en voici en voilà

souvenirs de notre jeunesse, une occasion à ne pas manquer

la bélière suspendue à un ruban, tant d’iniquités flagrantes

nous conjuguons dès lors des verbes a l’infini

et par le seul pouvoir des mots, elles nous envoient dinguer

cavalièrement éconduits, comme eaux tumultueuses

aux aspérités de la pierre qui roule ou qui perd les pédales

ribouldinguer joyeusement, riant même aux éclats

face au danger omniprésent, laideur repoussante au visage

leur poitrine salariée se refermant sur le vide

histoires sans importance, malgré nos jurons étouffés

nous confondons nos pleurs avec les cendres du passé

merde et merde, la tête encore lourde, supplice continuel

tourmentés par des remords inutiles, vengeurs ou déchirants

nous nous arrachons tous les aveux possibles

d’elles à moi, puis de moi à elles, la parole percée de mille trous

à l’heure du rendez-vous habituel, je m’étale donc

tourmenté par d’invincibles passions, qui ne sait

les dernières volontés à satisfaire… ainsi dit, ainsi fait

don du corps à partager, satire savoureuse, je riais aux éclats

va mourir en paix, mon homme, chuchota la toute dernière

ah oui, les femmes, j’en ai connu de toutes sortes

(Edgard GOUSSE, Hôpital Juif de Montréal

18 décembre 2024)

P18

ID Canada / ISSN 2563-818X (En ligne) – ISSN 2563-8181 (Imprimé)