LA VIERGE ET L’ENFANT d’Aderson Lorméus

LA VIERGE ET L’ENFANT

  • Aderson Lorméus
  • Par Milord-Albertini

C’est le temps de la Passion, l’Enfant Jésus vu dans les bras de la Vierge fait l’objet d’une violence telle, que les synapses du collectif de l’humanité qui s’en suivra de cet événement, marquent, forgent.

Traumatisé, le croyant vit son comportement, comme l’incroyant. Plus encore, les autres cultures vitales. C’est le musée érigé à travers le monde. Il attire. Touristes, curieux. Collections personnelles, collectives, étatiques. C’est le sujet du mois, on prépare la Passion, puis la Pâque, l’Ascension. La résurrection devient le prétexte de toutes les cultures humaines. Nous ignorons celles de la fourmi, et de la cigale, sinon à travers la fable de La Fontaine pour un rapport de travail et d’art, interprété. Le peintre haïtien épris de résurrection culturelle se dit dans cet art. Si du Vatican de Saint-Pierre, elle est noire, Aderson Lorméus a choisi la Vierge et l’enfant. Blanche, l’enfant idem. Riche en détails, polémiste, histoire, art.

En première lecture, trois éléments chez Aderson Lorméus. Il tente la volumétrie là où il le veut, l’écarte aussi par la même voie, mais dans un ensemble plutôt agréable. Second élément, la richesse en détails et en couleurs. Le chromatisme tient l’équilibre même s’il défie certaines notions. On est dans l’icône. Troisième élément : traduction des symboles. Ils visent le rapport à la divinité, transcendent. Époques, cultures, faits connus de l’Haïtien, dans ses amours. 

Treize ans après le travail sur la femme dans l’univers de la pensée haïtienne, et trois artistes peintres bien entendu. J’y retourne pour le temps d’après les jours gras de l’église, vers le symbolisme de celle-ci. Des artistes ont marqué même les vitraux des cathédrales. Aderson Lorméus s’impose pour l’acte phénoménal, involontaire à mon avis. Automatisme. Il fait flotter les deux personnages. Forme de lévitation tempérée sur fond carrément aplat. Il y intègre le trône, tient son volume par la Vierge assise. Mieux encore, par le feuillage connu du naïf haïtien, dans son érection de la forêt.

Ici, l’art de Lorméus suscite certaines interrogations. La comparaison du détail, d’une part, pourquoi intègre-t-il la symétrie, le proportionnel, l’élément de la construction du vèvè (géométrie symbolisme vodou), dans un carrelage précis du mur comme du sol ? Imbriqués dans la maçonnerie sous le feuillage, tandis qu’il n’applique pas cette synthèse dans la construction du vèvè lui-même. Distinction importante si l’on note la précision de l’aura de gloire qui couronne la Vierge et l’Enfant Jésus. Nonobstant la perfection du feuillage artistique composé haïtien, en arrière du vèvè et de la bannière.

D’autre part, le bras moulé dans la hanche protubérante de la Vierge qui perd le sein malgré la courbe du manteau même si le sein gauche disparaît sur le côté noir. Déjà interdit par la ceinture qui propose une taille fine, impression, quand la robe sur la poitrine laisse l’Enfant sans le lait maternel. Le drame de la critique est là. Pourquoi le pavé mosaïque est-il sans perspective ni point de fuite, sous le trône où les cuisses se révèlent sur l’angle des jambes et de la hanche plutôt voluptueuse.

Lorméus respecte malgré tout, la structure de la géométrie haïtienne dans le portrait de la Vierge sur le trône avec l’Enfant Jésus. L’équilibre occidental et même asiatique se repose sur la parité gauche-droite, haut-bas, le partage centré.

Lorméus si excentrique, bien que sa perspective des cuisses, le soit sur l’angle vu, non pas sur la composition de couleur par ombre et lumière définie de la masse floue, le fessier est fixé à la cuisse par illusion optique superposée, mais le corps est debout. C’est l’enveloppe bleue de Dantor qui vend le montage en Fréda.

La question soulève dès lors, le ton du chaos Gréco-romain. Ne l’est-il pas pour l’Haïtien, l’équilibre non plus ? Comment se départage, là dans le quotidien, cette dualité vécue même en exil, c’est là un secret dévoilé du mental haïtien par les arts. C’est là, la valeur en bourse de cette toile de Lorméus sur le marché des arts. Celui qui la détient en ce temps, possède sa fortune de temps d’avant-guerre

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ID Canada / ISSN 2563-818X (En ligne) – ISSN 2563-8181 (Imprimé)